L'infocéroce

Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /Nov /2009 15:22
Le régionalisme dans l'édition peut être vu comme une entrave, une marque d'identité ou un facteur de développement, mais il est toujours une réalité qui donne une caractéristique singulière aux éditeurs de province. Pour faire une approche du sujet et partager des expériences locales, le Centre Régional des Lettres a organisé, dans le cadre de l’édition 2009 du salon du livre Midi-Pyrénées, le panel « Regards croisés sur l’édition régionaliste ». L'un des invités, Philippe Terrancle, directeur des éditions Privat, a raconté l'expérience de l'implantation de cette ancienne maison toulousaine.

Privat, créée en 1839, s'est développée dès lors avec une forte implantation régionale, pour une raison simple : Edouard Privat, son fondateur, estimait qu'il ne servait à rien de faire des livres si on ne pouvait pas les vendre. Il fallait faire des livres pour ceux qui étaient en capacité intellectuelle de les lire et économique de les acheter. Il a donc fait des livres pour les écoles, les universités, le clergé et pour les érudits, la noblesse locale. À un moment où la République balbutie, les nobles veulent qu'on leur raconte l'histoire de leur pays, de leur village, de leur famille. C'est ainsi, qu'entre 1860 et 1866, Privat publie l'Histoire générale de Languedoc

Philippe Terrancle aime rappeler qu'ils ont une photographie dédicacée de Frédéric Mistral au siège et que ce n'est pas un hasard si le félibre a trouvé sa place à un moment chez Privat. À une époque où il y avait de fortes revendications identitaires, politiques et linguistiques, se sont agrégés, autour de personnalités qui étaient souvent des gens de lettres, des courants qu'on peut appeler les premiers mouvements régionalistes. La maison d'édition a toujours été proche de ces revendications et s'est construite en mettant en valeur les expressions régionales, autour du pyrénéisme et du catharisme par exemple. Comme l'affirme Philippe Terrancle, « le régionalisme est quelque chose qui est inscrit dans l'ADN de notre maison, quelque chose vers lequel Privat va naturellement »

Privat ne s'enferme pas pour autant dans l'échelle régionale et développe une stratégie éditoriale et commerciale au niveau national, car « éditer en région n'est pas nécessairement être éditeur régionaliste », dit-il. Il faut trouver un équilibre entre l'universel et le local, ce qui est parfois difficile à mettre en place. Terrancle prend l'exemple du poète baroque de langue occitane, Pèire Godolin: « En publiant Godolin, je n'ai pas l'impression de faire une action régionaliste, je dis simplement que la France avait oublié un poète parce qu'il ne s'exprimait pas dans la langue de Paris ». Promouvoir le local ne signifie pas nécessairement s'accrocher à un passé révolu ou se replier sur un entre-soi, mais peut avoir une valeur universelle. Pour synthétiser l'esprit de la maison, il finit sur les mots de Pierre Fabre: « Etre du monde tout en étant d'ici ».


Normando Gil et Julien Purière 
Par Edithor - Publié dans : L'infocéroce
Voir les 0 commentaires
Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 15:08
Le syndrome du Titanic, film de Nicolas Hulot co-réalisé par Jean-Albert Lièvre, est sorti dans les salles obscures  le 7 octobre.  Ce premier film de notre écolo-animateur national fait appel à la raison, à l’espoir, dans ce monde habité par de multiples crises : économiques, écologiques, sociales et culturelles. Nicolas Hulot dira lui-même de son film: « Ce film est davantage un appel à la raison et un acte politique qu’un documentaire sur la crise écologique. D’ailleurs, la "belle nature sauvage" est la grande absente… ».

Le titre reprend celui d’un livre sorti par Nicolas Hulot en 2004, qui présentait les « joies » de la surconsommation en version photographique. A l’instar des concepteurs du tristement célèbre paquebot de 1912, Le Titanic, vantant leur navire comme absolument insubmersible, les dirigeants (politiques, économiques, industriels..) de notre planète nous embarquent dans une croisière effrénée dont la fin sera obligatoirement dramatique. On part aussi du constat que ce sont toujours les plus démunis, les passagers des ponts inférieurs, qui paient le plus lourd tribut.

A la manière des passagers et des musiciens de ce gigantesque palace flottant, nous continuons à danser et chanter alors que le navire coule. Les œillères bien calées afin d’éviter de voir le sombre futur et la culpabilisante inaction qui nous habite. Bousculer nos habitudes, notre petit confort et notre mode de vie paraît utopique dans ce monde où consommation rime avec gaspillage, où consommation rime avec bonheur.


Une apocalypse dans le paradis !

Ce film est plus une réflexion sur les engrenages rouillés de notre société qu’un documentaire sur l’environnement. En effet, la nature sauvage  est quasiment inexistante et laisse la place aux séquences plus « chocs », baignées de paradoxes, d’absurdités et d’images contradictoires mises bout à bout afin de susciter en nous un changement de comportement face à notre mode de vie.

Le film événement de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre est largement présent dans les médias d’une France où l’actualité écologique est omniprésente. Présenté comme une « sonnette d’alarme » sur l’état de la planète, ce film ne se limite pas à une seule problématique, il expose plusieurs facteurs, afin que l’on puisse s’ouvrir à une politique plus homogène pour la planète.

C’est dans cette vision multiple - réchauffement climatique, crise économique, démographique, sociale,…  - que nous puisons le schéma apocalyptique de la décadence, à laquelle se joint la surconsommation (et l’édifiant gaspillage qui va avec), la gestion des déchets, le drame des migrations de population, le manque de communication, ou encore l’abandon d’une culture et des traditions ancestrales au profit de l’argent et du matériel. Toutes ces idées sont illustrées par des images filmées sans autre volonté que de montrer l’étalage d’une réalité que tout le monde connait mais que l’on s’efforce de vite oublier.

Des paysages de Lagos au Nigéria, véritables décharges à ciel ouvert, servant de cimetière pour ordinateurs et télévisions des pays riches, aux mines d'uranium du Brésil, en passant par des personnes âgées  qui dorment dans des cages, entassés dans une tour de Hong Kong à 200m d’un hôtel de luxe, et les séquences de la jeunesse tokyoïte qui dort sur le trottoir afin d’être les premiers à posséder l’ I phone 3G, entre les sans-abris de Chicago et les « bars à oxygène » pour chien, un flot d’images contradictoires se succèdent. Ainsi, des  images de gamins jouant à des jeux vidéo violents, on nous renvoie à celles d’Irakiens vus depuis une caméra américaine et abattus de loin, comme à la foire.

Si les images et le montage sont irréprochables,certaines images censées instaurer le dégoût rappellent en fait une esthétique dans la souffance ; de beaux travellings, une couleur soignée et des portraits dignes d’un National Geographic orientent la sensibilité vers l’effet inverse que celui recherché. Même si quelques commentaires arrivent aux oreilles avec une petite pincée de morale, Hulot a le mérite d’être parfois plus lucide que d’autres écologistes concernant l’universalité de son message : « Quel écho peuvent avoir les mots qui m’obsèdent (biodiversité, échauffement climatique) dans l’oreille d’un chômeur ou de quelqu’un qui a faim ? ». Le discours est également politique, il évoque les termes de « décroissance » et de « capitalisme sauvage » et persiste en affirmant que  « le modèle économique actuel n’est pas la solution, il est le problème ». Le tout ponctué de quelques citations de personnalités, comme Pierre Rahbi, Hubert Reeves, Kennedy, Théodore Monod, Oppenheimer, Einstein.

Le film de Nicolas Hulot semble arriver un tantinet trop tard ; Yann Arthus-Bertrand, grand concurrent dans la catégorie des écologistes médiatiques, a déjà tout raflé ; le public risque de se lasser des discours écologiques de salon.  On ne peut s’empêcher de regretter le manque de solutions concrètes.Exaspéré par la sempiternelle solution « miracle » de prendre une douche à la place d’un bain ou de n’acheter que des fruits de saison, le citoyen est loin de se sentir impliqué.

Il faut l’avouer, c’est sans grand enthousiasme que l’on va à la projection du film du supra- médiatique Hulot, la réminiscence du gélatineux « Home » reste encore ancré dans nos mémoires.


Des financements compromettants ?

Tout comme l’est le sujet du film, l’envers du décor est loin d’être idyllique, notamment sur la question des sponsors et mécènes qui ont permis de financer la production et la réalisation. Le film a  été coproduit par des sociétés dont l’engagement pro-écologique a sans doute dû nous échapper, comme TF1 et Studio 37 (filiale du groupe Orange), qui reverseront 10% des bénéfices à des associations. Les trois sponsors - EDF, la SNCF et la fondation Bettencourt-Schueller – auraient demandé quelques changements concernant la fin du film afin qu’elle  paraisse moins catastrophiste. La fondation Hulot est financée depuis vingt ans par Rhône-Poulenc, fabricant d’engrais, TF1, Ibis, la SNCF et l’Oréal.


Une bonne rasade de films écolos s’il vous plait !

Depuis quelques temps les films à tendance écologique se taillent une belle part des recettes du cinéma français. Home, de Yann-Arthus Bertrand, sorti le 5 juin dernier, nous jette à la figure le nec plus ultra de l’esthétisme, avec des relents de bonne conscience, et des scènes qui rappellent des séquences du  film Un jour sur terre, d’Alastair Fothergil, sorti en 2008.

- Une Vérité qui dérange, de Davis Guggenheim, est le film qui a lancé une véritable vague verte au cinéma. Dans ce documentaire sorti en 2006, le spectateur suit « l'ex-futur président » des Etats-Unis, Al Gore, dans sa tournée de conférences sur l'environnement. Le film a engrangé 24 millions de dollars de recettes. Et du coup fait de nombreux petits… A croire que les spectateurs paient leur place de ciné pour avoir bonne conscience ensuite…

- Après avoir découvert que son cancer du colon était probablement dû aux pesticides présents dans son alimentation, Jean-Paul Jaud a enquêté sur l'utilisation des produits toxiques dans l'industrie agro-alimentaire et a réalisé un vrai plaidoyer pour le bio avec Nos enfants nous accuseront. Sorti en toute discrétion le 5 novembre 2008, ce documentaire bien fait, mais manquant de preuves scientifiques et statistiques, a attiré plus de 250 000 spectateurs.

- Connue pour ses comédies populaires, la réalisatrice Coline Serreau change de registre en s'attaquant au documentaire écologiste. Elle achève actuellement le montage d'un film militant sur les excès de l'industrie agro-alimentaire baptisé olutions locales pour désordre global>.

- Après Le Peuple migrateur, le  nouveau documentaire de Jacques Perrin, Océans, dénonce l'exploitation systématique et irraisonnée des mers qui met en péril les espèces animales aquatiques. Comme Yann Arthus-Bertrand pour Home, le réalisateur a pris le parti d'émouvoir le public grâce à la beauté des images. Et un dégoulinant-larmoyant de plus, produit sous le label Disney…

 

Mélanie Graney

Par Edithor - Publié dans : L'infocéroce
Voir les 0 commentaires
Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /Oct /2009 16:57

 

Le samedi 10 octobre 2009, le Congrès argentin a promulgué une nouvelle loi régissant les médias audiovisuels, remplaçant ainsi le code en vigueur depuis la dictature militaire. Cette révolution du paysage médiatique permettra d'accéder à une véritable liberté d’information et d’expression.

La nouvelle loi considère les médias audiovisuels comme des activités sociales d'intérêt public, de caractère essentiel au développement culturel de la population. Elle promeut ainsi le droit inaliénable de l'homme d'exprimer, de recevoir, de répandre et rechercher des informations, des idées et des opinions sans aucune censure. De plus, elle réglemente les services de communication, leur décentralisation et la promotion de la concurrence afin de réduire les coûts, de démocratiser et généraliser l'accès aux nouvelles technologies de l'information.


Les origines du projet

La force de cette loi réside dans la pluralité des voix et des regards qui lui a donné naissance. Le 27 août 2004, 300 organisations de la société civile, dont des travailleurs des médias, des syndicats, des universités, des organisations sociales, des organisations des droits de l'homme, des mouvements coopératifs et des PME de communication, se sont mis d'accord sur 21 points de base pour une loi de radiodiffusion démocratique. Ce jour-là, ils ont franchi la première étape.

Puis l'idée a été débattue dans des centaines de rencontres, séminaires et tables rondes dans tout le pays. Le 18 mars 2009, le projet de loi a été officiellement présenté à la société. Il a alors donné lieu à de nouveaux débats, dans plus de 80 forums, qui ont abouti à 200 modifications, intégrées dans la version finale du texte.

Le processus de création a été reconnu par le rapporteur spécial de l'ONU sur la liberté d'expression, Frank La Rue, comme une expérience sans précédent dans le monde. La pluralité du débat qui a généré la loi coïncide avec on but final : renforcer la démocratie et améliorer la qualité des institutions.


Vers une pluralité des voix

La loi de radiodiffusion a comme objectifs de mettre fin aux monopoles et de créer des espaces de communication pour les organisations de la société civile. Un tiers des signaux radio et télévision est réservé aux organisations civiles à but non lucratif. Par ailleurs, les peuples indigènes pourront créer leurs propres radios et chaînes de télévision.

La nouvelle réglementation crée une entreprise qui regroupe tous les services de radio et de télévision qui sont dans l'orbite de l'État national. Elle réserve également une fréquence AM, une FM et une chaîne de télévision pour chaque État provincial et la ville autonome de Buenos Aires. En outre, chaque municipalité aura une fréquence FM. De même, les universités nationales pourront installer des services de radiodiffusion. Ces derniers devront consacrer un espace important de leur programmation à la diffusion des connaissances scientifiques, à la création artistique et à l'expérimentation culturelle.

Pour éviter la formation de monopoles et d'oligopoles, la loi impose des limites sur la concentration, définit des limites pour le nombre de licences et par type de média. De cette façon, une même personne ou entreprise ne peut avoir qu'une seule concession de médias audiovisuels par satellite et jusqu'à dix signaux de radio et télévision. Aucun opérateur ne peut desservir plus de 35 % de la population. D'autre part, les personnes gérant une chaîne hertzienne ne peuvent être propriétaires d'entreprises de distribution de télévision par câble dans la même localité. De plus, il est interdit aux compagnies de téléphone d'offrir des services de télévision par câble.


Promotion des contenus locaux

Les services de télévision hertzienne devront émettre au moins 60% de production nationale, avec un minimum de 30% d'auto-production incluant des informations locales. Les services de télévision par câble devront inclure leur propre canal local et des canaux originaires de pays d'Amérique latine. Les radios privées devront émettre au moins 50% de production propre, incluant des informations locales. 30% de la musique émise devra être d'origine nationale, sauf dans le cas des radios thématiques ou dédiées aux collectivités étrangères. De plus, pour la première fois dans l'histoire argentine, la loi établit un quota afin de promouvoir le cinéma national : les chaînes de télévision devront obligatoirement programmer huit nouveaux films argentins par an.

Si toutes ces attentes sont satisfaites, l'offre communicative sera beaucoup plus variée, les canaux de diffusion seront multipliés et la société aura plus de contrôle sur la manière dont elle veut être informée.

 

Normando Gil

 

Par Edithor - Publié dans : L'infocéroce
Voir les 0 commentaires

Edithor

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus