Le syndrome du Titanic, film de
Nicolas Hulot co-réalisé par Jean-Albert Lièvre, est sorti dans les salles obscures
le 7 octobre. Ce premier film de notre écolo-animateur national fait appel à la raison, à l’espoir, dans ce monde habité par de multiples crises : économiques, écologiques,
sociales et culturelles. Nicolas Hulot dira lui-même de son film: «
Ce film est davantage un appel à la raison et un acte politique qu’un documentaire sur la crise écologique. D’ailleurs,
la "belle nature sauvage" est la grande absente… ».
Le titre reprend celui d’un livre sorti par Nicolas Hulot en 2004, qui présentait les « joies » de la surconsommation en version photographique. A l’instar des concepteurs du tristement
célèbre paquebot de 1912, Le Titanic, vantant leur navire comme absolument insubmersible, les dirigeants (politiques, économiques, industriels..) de notre planète nous embarquent dans
une croisière effrénée dont la fin sera obligatoirement dramatique. On part aussi du constat que ce sont toujours les plus démunis, les passagers des ponts inférieurs, qui paient le plus lourd
tribut.
A la manière des passagers et des musiciens de ce gigantesque palace flottant, nous continuons à danser et chanter alors que le navire coule. Les œillères bien calées afin d’éviter de voir le
sombre futur et la culpabilisante inaction qui nous habite. Bousculer nos habitudes, notre petit confort et notre mode de vie paraît utopique dans ce monde où consommation rime avec gaspillage,
où consommation rime avec bonheur.
Une apocalypse dans le paradis !
Ce film est plus une réflexion sur les engrenages rouillés de notre société qu’un documentaire sur l’environnement. En effet, la nature sauvage est quasiment inexistante et laisse la place
aux séquences plus « chocs », baignées de paradoxes, d’absurdités et d’images contradictoires mises bout à bout afin de susciter en nous un changement de comportement face à notre mode
de vie.
Le film événement de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre est largement présent dans les médias d’une France où l’actualité écologique est omniprésente. Présenté comme une « sonnette
d’alarme » sur l’état de la planète, ce film ne se limite pas à une seule problématique, il expose plusieurs facteurs, afin que l’on puisse s’ouvrir à une politique plus homogène pour la
planète.
C’est dans cette vision multiple - réchauffement climatique, crise économique, démographique, sociale,… - que nous puisons le schéma apocalyptique de la décadence, à laquelle se joint la
surconsommation (et l’édifiant gaspillage qui va avec), la gestion des déchets, le drame des migrations de population, le manque de communication, ou encore l’abandon d’une culture et des
traditions ancestrales au profit de l’argent et du matériel. Toutes ces idées sont illustrées par des images filmées sans autre volonté que de montrer l’étalage d’une réalité que tout le monde
connait mais que l’on s’efforce de vite oublier.
Des paysages de Lagos au Nigéria, véritables décharges à ciel ouvert, servant de cimetière pour ordinateurs et télévisions des pays riches, aux mines d'uranium du Brésil, en passant par des
personnes âgées qui dorment dans des cages, entassés dans une tour de Hong Kong à 200m d’un hôtel de luxe, et les séquences de la jeunesse tokyoïte qui dort sur le trottoir afin d’être les
premiers à posséder l’ I phone 3G, entre les sans-abris de Chicago et les « bars à oxygène » pour chien, un flot d’images contradictoires se succèdent. Ainsi, des images
de gamins jouant à des jeux vidéo violents, on nous renvoie à celles d’Irakiens vus depuis une caméra américaine et abattus de loin, comme à la foire.
Si les images et le montage sont irréprochables,certaines images censées instaurer le dégoût rappellent en fait une esthétique dans la souffance ; de beaux travellings, une couleur soignée
et des portraits dignes d’un National Geographic orientent la sensibilité vers l’effet inverse que celui recherché. Même si quelques commentaires arrivent aux oreilles avec une petite
pincée de morale, Hulot a le mérite d’être parfois plus lucide que d’autres écologistes concernant l’universalité de son message : « Quel écho peuvent avoir les mots qui m’obsèdent
(biodiversité, échauffement climatique) dans l’oreille d’un chômeur ou de quelqu’un qui a faim ? ». Le discours est également politique, il évoque les termes de
« décroissance » et de « capitalisme sauvage » et persiste en affirmant que « le modèle économique actuel n’est pas la solution, il est le
problème ». Le tout ponctué de quelques citations de personnalités, comme Pierre Rahbi, Hubert Reeves, Kennedy, Théodore Monod, Oppenheimer, Einstein.
Le film de Nicolas Hulot semble arriver un tantinet trop tard ; Yann Arthus-Bertrand, grand concurrent dans la catégorie des écologistes médiatiques, a déjà tout raflé ; le public
risque de se lasser des discours écologiques de salon. On ne peut s’empêcher de regretter le manque de solutions concrètes.Exaspéré par la sempiternelle solution « miracle » de
prendre une douche à la place d’un bain ou de n’acheter que des fruits de saison, le citoyen est loin de se sentir impliqué.
Il faut l’avouer, c’est sans grand enthousiasme que l’on va à la projection du film du supra- médiatique Hulot, la réminiscence du gélatineux « Home » reste encore ancré dans
nos mémoires.
Des financements compromettants ?
Tout comme l’est le sujet du film, l’envers du décor est loin d’être idyllique, notamment sur la question des sponsors et mécènes qui ont permis de financer la production et la réalisation. Le
film a été coproduit par des sociétés dont l’engagement pro-écologique a sans doute dû nous échapper, comme TF1 et Studio 37 (filiale du groupe Orange), qui reverseront 10% des bénéfices à
des associations. Les trois sponsors - EDF, la SNCF et la fondation Bettencourt-Schueller – auraient demandé quelques changements concernant la fin du film afin qu’elle paraisse moins
catastrophiste. La fondation Hulot est financée depuis vingt ans par Rhône-Poulenc, fabricant d’engrais, TF1, Ibis, la SNCF et l’Oréal.
Une bonne rasade de films écolos s’il vous plait !
Depuis quelques temps les films à tendance écologique se taillent une belle part des recettes du cinéma français. Home, de Yann-Arthus Bertrand, sorti le 5 juin dernier, nous jette à la
figure le nec plus ultra de l’esthétisme, avec des relents de bonne conscience, et des scènes qui rappellent des séquences du film Un jour sur terre, d’Alastair Fothergil, sorti en
2008.
- Une Vérité qui dérange, de Davis Guggenheim, est le film qui a lancé une véritable vague verte au cinéma. Dans ce documentaire sorti en 2006, le spectateur suit « l'ex-futur
président » des Etats-Unis, Al Gore, dans sa tournée de conférences sur l'environnement. Le film a engrangé 24 millions de dollars de recettes. Et du coup fait de nombreux petits… A
croire que les spectateurs paient leur place de ciné pour avoir bonne conscience ensuite…
- Après avoir découvert que son cancer du colon était probablement dû aux pesticides présents dans son alimentation, Jean-Paul Jaud a enquêté sur l'utilisation des produits toxiques dans
l'industrie agro-alimentaire et a réalisé un vrai plaidoyer pour le bio avec Nos enfants nous accuseront. Sorti en toute discrétion le 5 novembre 2008, ce documentaire bien
fait, mais manquant de preuves scientifiques et statistiques, a attiré plus de 250 000 spectateurs.
- Connue pour ses comédies populaires, la réalisatrice Coline Serreau change de registre en s'attaquant au documentaire écologiste. Elle achève actuellement le montage d'un film militant sur les
excès de l'industrie agro-alimentaire baptisé olutions locales pour désordre global>.
- Après Le Peuple migrateur, le nouveau documentaire de Jacques Perrin, Océans, dénonce l'exploitation systématique et irraisonnée des mers qui met en péril les
espèces animales aquatiques. Comme Yann Arthus-Bertrand pour Home, le réalisateur a pris le parti d'émouvoir le public grâce à la beauté des images. Et un dégoulinant-larmoyant de plus,
produit sous le label Disney…
Mélanie Graney