Lundi 30 novembre 2009
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Le régionalisme dans l'édition peut être vu comme une entrave, une marque d'identité ou un facteur de développement, mais il est toujours une réalité qui donne une caractéristique singulière
aux éditeurs de province. Pour faire une approche du sujet et partager des expériences locales, le Centre Régional des Lettres a organisé, dans le cadre de l’édition 2009 du salon du livre
Midi-Pyrénées, le panel « Regards croisés sur l’édition régionaliste ». L'un des invités, Philippe Terrancle, directeur des éditions Privat, a raconté l'expérience de l'implantation de cette
ancienne maison toulousaine.
Privat, créée en 1839, s'est développée dès lors avec une forte implantation régionale, pour une raison simple : Edouard Privat, son fondateur, estimait qu'il ne servait à rien de faire des
livres si on ne pouvait pas les vendre. Il fallait faire des livres pour ceux qui étaient en capacité intellectuelle de les lire et économique de les acheter. Il a donc fait des livres pour les
écoles, les universités, le clergé et pour les érudits, la noblesse locale. À un moment où la République balbutie, les nobles veulent qu'on leur raconte l'histoire de leur pays, de leur village,
de leur famille. C'est ainsi, qu'entre 1860 et 1866, Privat publie l'
Histoire générale de Languedoc.
Philippe Terrancle aime rappeler qu'ils ont une photographie dédicacée de Frédéric Mistral au siège et que ce n'est pas un hasard si le félibre a trouvé sa place à un moment chez Privat. À une
époque où il y avait de fortes revendications identitaires, politiques et linguistiques, se sont agrégés, autour de personnalités qui étaient souvent des gens de lettres, des courants qu'on peut
appeler les premiers mouvements régionalistes. La maison d'édition a toujours été proche de ces revendications et s'est construite en mettant en valeur les expressions régionales, autour du
pyrénéisme et du catharisme par exemple. Comme l'affirme Philippe Terrancle,
« le régionalisme est quelque chose qui est inscrit dans l'ADN de notre maison, quelque chose vers lequel Privat
va naturellement ».
Privat ne s'enferme pas pour autant dans l'échelle régionale et développe une stratégie éditoriale et commerciale au niveau national, car « éditer en région n'est pas nécessairement être
éditeur régionaliste », dit-il. Il faut trouver un équilibre entre l'universel et le local, ce qui est parfois difficile à mettre en place. Terrancle prend l'exemple du poète baroque de
langue occitane, Pèire Godolin: « En publiant Godolin, je n'ai pas l'impression de faire une action régionaliste, je dis simplement que la France avait oublié un poète parce qu'il ne
s'exprimait pas dans la langue de Paris ». Promouvoir le local ne signifie pas nécessairement s'accrocher à un passé révolu ou se replier sur un entre-soi, mais peut avoir une valeur
universelle. Pour synthétiser l'esprit de la maison, il finit sur les mots de Pierre Fabre: « Etre du monde tout en étant d'ici ».
Normando Gil et Julien Purière
Par Edithor
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Publié dans : L'infocéroce
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