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« Le temps et l’espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l’absolu, puisque nous avons créé l’éternelle vitesse… » (Marinetti)
Il y a un siècle exactement paraissait, à la Une du
Figaro du 20 février 1909, le « Manifeste du Futurisme », célèbre texte fondateur du mouvement (1), écrit par un poète italien, Filippo Tomaso Marinetti. Surnommé la
« caféine de l’Europe », il va rapidement entraîner dans son sillage non seulement de nombreux poètes, mais aussi des peintres, des sculpteurs, des architectes, des cinéastes, des
musiciens et bien d’autres artistes assoiffés de représenter le modernisme de l’époque : le dynamisme de la ville, les inventions, la vitesse du changement.
Dès 1905, en proposant dans sa revue Poesia une enquête sur le vers libre, où il prône la création d’une « poésie libre, émancipée de tous les liens traditionnels, rythmée par la symphonie des meetings, des usines, des automobiles des aéroplanes volants », Marinetti devint un catalyseur de l’esprit d’avant-garde en Europe.
Ce qu’il surnommera le verlibrisme, puis le motlibriste (2) caractérisent des vers dynamiques, tournés vers la machine et la vitesse, et dont les formes littéraires, sonores et graphiques permettent selon lui de refléter le plus fidèlement la vie moderne : apparaissent des poésies où les mots se suivent comme autant de flashs visuels, sans règles de grammaire ni de syntaxe, laissant libre cours à une imagination débridée qui ouvrira une route vertigineuse en mêlant à la poésie des langages aussi différents que la musique, le dessin ou la calligraphie. C’est le début de la poésie sonore et la naissance des ‘mots en liberté’, ancêtres de l’Oulipo.
Le futurisme touchera rapidement toutes les formes d’expressions possibles et inimaginables.
Les peintres (Balla, Boccioni, Carrà, Russolo, Severini), signeront également le « Manifeste des peintres futuristes », définissant la peinture comme un art dynamique : ils ne peignent plus de natures mortes mais des paysages urbains, l’effervescence des villes, les foules révoltés, les machines...
Le mouvement sera connu à travers ses manifestations de rues, précurseur d’une nouvelle forme d’action qui deviendra le modèle pour les futurs adeptes des « performances » et « happening », ainsi que par ses célèbres soirées futuristes, organisées dans de nombreuses grandes villes italiennes. Leur organisation restera mémorable : mettant en scène Marinetti ainsi que les adeptes du mouvement, qu’ils soient peintres, poètes ou musiciens, leurs nouvelles œuvres seront présentées sur fond de déclamation de vers, de toiles et de délire théâtral.
La durée de vie futurisme n’aura malheureusement eu d’égale que son endémique vitesse ; dès la fin de la guerre, les étincelles jaillies de son explosion retombent en fumée ; Marinetti, adhère en 1919 au parti fasciste, bien que ces derniers aient toujours considéré son art comme dégénéré, et jette le discrédit dans le milieu ouvrier militant et autres artistes qui le soutenaient. Cet acte scinde le mouvement, le menant rapidement à son extinction. Néanmoins, le futurisme aura révolutionné l’art et jeté les bases de nombreuses formes artistiques du futur.
Nina
(1) Le mouvement futuriste durera de 1909 à 1919 - Voir encadré ci-dessous
(2)Les célèbres planches motlibristes paraissent dans une revue crée par Marinetti, L’Italia futurista.
Peinture: Giacomo Balla
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Le manifeste fondateur du
mouvement futuriste « 1. Nous voulons chanter l'amour du danger, l'habitude de l'énergie et de la témérité. 2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l'audace, et la révolte. 3. La littérature ayant jusqu'ici magnifié l'immobilité pensive, l'extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l'insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing. 4. Nous déclarons que la splendeur du monde s'est enrichie d'une beauté nouvelle: la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l'haleine explosive... une automobile rugissante, qui a l'air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace 5. Nous voulons chanter l'homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite... C'est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd'hui le Futurisme parce que nous voulons délivrer l'Italie de sa gangrène d'archéologues, de cicérones et d'antiquaires... » F. T. Marinetti |
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